Qui arrêtera Rolland Guillas ? Qu’est ce qui pourra l’empêcher, comme aujourd’hui à 75 printemps, de faire encore six heures de sport par semaine, de tâter du tennis-ballon au Haillan avec Montes et Trésor, ou de disputer un bout de match par-ci par-là ?
L’intéressé ne se pose même pas la question : « le sport m’a permis d’entretenir ma forme et de demeurer en bonne condition jusque-là, je continue ! »
On aurait pu s’en douter en jetant un coup d’œil dans le rétro, pour saluer bien bas une carrière professionnelle qui s’est étalée sur 18 années et qui s’est même poursuivie en CFA et en D.H. jusqu’à 48 ans ! Et pourtant, seulement 9 sélections en équipe de France entre 58 et 62. Pourquoi ?
« C’est vrai que j’aurais pu être de l’aventure de Suède en 58, mais Paul Nicolas m’a dit que j’avais le temps… C’est vrai qu’on n’est pas passé loin de la Coupe du Monde 62 au Chili mais on s’est littéralement voler en qualif contre la Bulgarie… En 66, j’étais sans doute trop vieux, et de toutes façons avec le climat qu’il y avait, je ne regrette rien ».
Alors, la concurrence avec Kopa dont il avait, c’est vrai, le gabarit, la gestuelle et le profil technique ? « Peut-être… mais bon, Michel Hidalgo n’a pas hésité à aligner Platini et Giresse ensemble et même des fois avec Genghini. Il faudra m’expliquer pourquoi les bons techniciens peuvent être en trop dans une équipe !
Entre les « petits » comme Kopa et moi, et les grands costauds, à mon époque, c’était plutôt ces derniers qui dormaient mal la veille des matches… »
Non, n’hésitez pas, Rolland Guillas est très heureux de sa longue carrière en club, de ses 560 matches pros, de ses 9 sélections… et de la suite :
« J’avais passé mes diplômes d’entraîneur, j’allais partir pour mon premier poste au Canet, les billets d’avion étaient pris, lorsque Pierrot Bernard, le gardien, m’a contacté pour me dire qu’Adidas recrutait parmi les anciens internationaux. Je n’y connaissais rien, à la vente et à la représentation, j’ai tout appris sur le tas et ça a duré 23 ans ! ».
Mais ce n’était pas fini : comme s’il était inconcevable pour Rolland Guillas de s’arrêter de travailler, il y eut des prolongations du côté de Lorient, sa ville natale, comme conseiller technique du club local « mais avec le Président et l’entraîneur, le courant ne passait pas », ou du côté de Bordeaux dans la cellule de recrutement des Girondins jusqu’en 2009 ».
« Que voulez-vous, s’excuse presque Rolland Guillas, je suis un drogué du football : quand ce n’est pas sur terrains ou autour, c’est devant la TV ».
Un « drogué » qui apprécie grandement la tonalité nouvelle des propos tenus par beaucoup de nos techniciens, Laurent Blanc en tête, sur la primauté de la technique : « Ca faisait un paquet d’années qu’on était à côté de la plaque avec notre obsession des grands gabarits. Aujourd’hui, encore plus qu’hier, tout le monde est au top athlétiquement, donc c’est la technique qui fera la différence ! ». Et on serait, nous, à côté de la plaque si on ne précisait pas que Rolland Guillas est, depuis le début un inconditionnel du CIF, fidèle parmi les fidèles de toutes les Assemblées Générales et qui vient, de surcroît d’endosser le costume de Relais régional du CIF au titre de ses relais en province !
On vous repose la question : qui arrêtera Rolland Guillas ?
Rolland Guillas en bref :
Né le 23 septembre 1936 à Lorient
Clubs pro : Girondins de Bordeaux (54-60 et 64-67), Saint-Etienne (60-62), Grenoble (63-64), Lorient (64-67), Angoulême (71-72).
Vainqueur de la coupe de France avec Saint-Etienne en 1962
9 sélections (1 but) en équipe de France : la première le 3 décembre A958 contre la Grèce (1-1), la dernière le 14 mars 1962 contre la Pologne (défaites 1-3).
9 sélections, 6 gardiens !
A la faveur d’une carrière internationale relativement brève au regard de la longévité de son parcours en club, Rolland Guillas, en 9 sélections, aura évolué avec 6 gardiens différents dans le but tricolore !
Dans l’ordre chronologique de 58 à 61 : Claude ABBES, Dominique COLONNA, François REMETTER, Georges LAMIA, Jean TAILLANDIER, Pierre BERNARD
« Je n’y avais jamais prêté particulièrement attention », reconnaît Rolland Guillas.
« Mais c’était une époque où l’on jouait beaucoup moins de matches qu’aujourd’hui, où l’on n’en gagnait pas beaucoup non plus et où les sélectionneurs avaient vite fait de vous éliminer si vous ne donniez pas satisfaction ».
Le but historique de Roger Marche
Rolland Guillas figurait dans l’équipe de France (Remetter, Wendling, Kaelbel, Muller, Jonquet, Ferrier, Guillas, Douis, Fontaine, Kopa, Vincent) qui a battu l’Espagne le 17 décembre 1959 au Parc des Princes, lors d’un match disputé au profit des Sinistrés de la rupture du barrage de Malpasset (Var), et resté dans les annales pour le but « historique » de Roger Marche. « Roger n’était pas titulaire », se souvient Rolland. « Il est entré en jeu vers la vingtième minute en remplacement de Kaelbel. Au moment de son but, je jouais plutôt les utilités côté droit suite à une contracture ; je vois Roger qui monte, qui monte, sur son côté gauche et, arrivé à la hauteur de la surface de réparation, il s’applique à centrer… et sa balle termine dans la lucarne du grand Ramallets. Ca sera le seul but de sa carrière en bleu, et pour sa dernière sélection, qui plus est. Fantastique ! Et ce n’est ni la première, ni la dernière fois qu’un centreur devient buteur malgré lui…»


