Décédé en pleine pandémie de Coronavirus – mais sans avoir été affecté par ce mal sournois et dévastateur- Michel Hidalgo n’aura droit ni aux obsèques ni aux éloges fournies que son immense carrière aurait pourtant mérités.

En se focalisant, non sans raison, sur le titre de Champion d’Europe 84 que « sa génération Platini » offrit au pays, le premier d’un palmarès resté vierge pendant 80 ans, on en viendrait presque à négliger tout le reste de son œuvre qui est pourtant considérable.

Oui, c’est un personnage majeur du football français qui vient de disparaître, le professionnel du football et l’homme réunissant un ensemble de qualités plutôt rares en un seul être, au point de lui permettre d’accomplir un beau et long parcours jalonné de réussites majeures.

La carrière du joueur, d’abord, fut pleine et riche. Formé en Normandie, il s’épanouira à Reims -champion en 55, finale de la première Coupe d’Europe en 56- et plus encore à Monaco de 57 à 66, garnissant sa besace de deux nouveaux titres de champion de France et de deux Coupes de France.

A la clé, une sélection en équipe de France en mai 62.

Cet apôtre du beau jeu s’imposera ensuite et très vite comme un éducateur et un technicien de haute volée, au point de figurer, à 37 ans, dans la première Direction Technique Nationale de la FFF, sous l’autorité de Georges Boulogne, aux côtés de Gaby Robert, Henri Guérin et Jacky Braun.

La responsabilité de l’équipe de France était au bout de ce chemin, et il va la qualifier deux fois consécutivement après une interminable traversée du désert de douze ans, pour la phase finale de la Coupe du monde. Celle de 78 en guise de rodage, puis celle, inoubliable, de 82 dont nous sommes nombreux à penser qu’elle aurait pu et du connaître avec les Bleus un vainqueur aussi présentable que légitime. Heureusement l’EURO 84 allait venir, en toute justice récompenser, au moment où il tirait sa révérence, un très joli bail de huit saisons de sélectionneur.

La suite de son parcours, à l’OM notamment et dans l’audiovisuel sera moins lisible mais sans empêcher Michel Hidalgo de demeurer une référence et un consultant largement sollicité mais aussi écouté.

Si on rappelle qu’il fut aussi DTN de 82 à 86, qu’il avait été le Président du puissant syndicat des joueurs pro de 64 à 69, prenant une part essentielle dans l’obtention du contrat à temps et, cerise sur le gâteau, qu’il aurait dû être ministre des sports dans le gouvernement Fabius en 84 s’il n’avait osé demander un délai de réflexion jugé inacceptable, on conviendra que l’homme avait bien des cordes à son arc, et qu’il sut en user avec brio et efficacité.

On dirait aujourd’hui qu’il fut un « manager » avant l’heure, un manager qui aimait et vivait le football dans toutes ses dimensions. Mais un manager à forte dimension humaine. Car Michel Hidalgo savait mettre dans tout ce qu’il entreprenait un supplément d’âme et d’humanisme qui le rendait si attachant, si précieux, si rare.

Il savait écouter, il savait mettre en confiance, tirer le meilleur parti de chacun, aussi. Et toujours le mot qu’il fallait, qu’on attendait, rassurant.

D’autres sont venus après lui, qui ont mis leurs pas dans les siens avec plus ou moins de bonheur et de réussite, mais on n’a jamais retrouvé ce contact, ce regard, cette gentillesse vraie, parce que venant du cœur.

Il n’y avait qu’un Hidalgo, et on vient de le perdre.

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